lundi 23 novembre 2015

Et si c'était pas le bio qui était trop cher mais le reste qui ne l'était pas assez?

Forcément, quand tu dis que tu manges bio, y'a toujours quelqu'un dans l'assemblée (qui bien souvent ne mange pas bio du tout d'ailleurs) qui te dit "de toute façon, le bio ça coûte trop cher".

Que répondre à ça?

Effectivement, le bio a un coût. C'est indéniable.


Seulement voilà, moi je trouve le prix de ce que j'achète comme "le juste prix".
Je vois mal comment on peut acheter un kilo de carottes moins d'un euro : le producteur touche combien dessus? 
Je sais que ce que j'achète a une valeur. Les mois dans la terre, l'eau qui a servi à arroser, le salaire du mec qui a fait pousser.

Quand tu vois les prix de la bouffe de nos jours, il y a anguille sous roche. 

Sur les dernières décénies, les gens n'ont cessé de voir leur budget nourriture diminuer. On est pourtant d'accord, c'est un impondérable. On doit tous manger pour (sur)vivre.
Sauf que le prix de la nourriture (la mauvaise surtout), baisse. Les gens ne mangent pas moins, il mangent surtout moins bien.
La nourriture est passée de dépense principale à dépense secondaire : on bouffe de la merde pour pouvoir partir en vacances. Grosso modo.
Après c'est un choix, et je comprends amplement ce choix hein. Mais faut aussi être honnête qu'en réduisant drastiquement ses frais sur ce poste, on s'assure de bouffer des fruits et légumes blindés de pesticides, et des viandes (si l'on en consomme), produites dans les pires conditions, donnant un produit de qualité médiocre (le stress joue apparemment beaucoup sur la viande).
Alors au lieu de me poser la question dans le sens qui me paraît pas normal, je me suis demandé si on n'avait pas de la bouffe qui ne valait pas son prix.

Déjà, la plupart de la viande qu'on consomme, c'est pas made in france. 
Le fait de produire ailleurs, ça permet de payer encore moins l'agriculteur.
Les légumes sont soumis à la même rengaine. Plus ils viennent de loin et moins ils sont chers! Pourtant ils se sont payé le luxe de voyager un moment, mais rien à faire, il se la pètent avec des prix défiant toute concurence.
Logique? pas pour moi qui considère que le travail a un prix.

Ensuite, on oublie souvent à tord que l'agriculture biologique ne bénéficie pas de subventions. Résultat, là où le produit n'est pas le reflet du salaire payé au petit mec qui retourne sa terre, on a des prix inférieurs, puisque finalement, le prix est presque fictif, histoire de dire. Le lait par exemple, est vendu à perte par les agriculteurs. Tu trouves encore ça logique? Tant mieux, moi non plus!

Enfin, parlons peu, parlons bien : le prix est le reflet de la qualité.
Je pars du principe qu'on fait tous des choix. Mais si je peux rogner sur la qualité d'une paire de chaussures, une santé, je ne peux pas aller en acheter une nouvelle au marché.
C'est à voir comme un investissement. 
Parfois évidemment on n'a pas le choix. On ne paye rien d'autre que la bouffe, on ne se fait pas de folies, donc il se peut que par certaines périodes, on doive rogner ce poste là aussi (surtout).
Mais soyons honnêtes aussi : c'est surtout pour la plupart d'entre nous une question de choix.

On peut être beaucoup à manger bio si l'on choisit de diminuer d'autres dépenses. C'est un choix.

Mais il faut rester objectif : manger un kilo de légumes pour moins d'un euro, c'est pas normal.
Manger des fraises à 1€99 la barquette en hiver, c'est pas normal.
Manger du steak à 5€ le kilo, c'est pas normal.

On s'est habitués à ne pas payer le vrai prix des choses.
Si on payait ce vrai prix, on arrêterait de gaspiller, on mangerait aussi certainement moins de viande (=désastre écologique à ce stade de consommation quotidienne), et finalement, on aurait de meilleurs produits pour nous, et pour l'environnement.

Mais toute révolution a son coût.
J''ai l'intime conviction qu'en réformant en profondeur inversant le système de subventions pour favoriser les cultures respectueuses, on pourrait faire les choses mieux, et on payerait moins cher pour cette nourriture plus saine.
Seulement on préfère continuer à marcher sur la tête et blinder les champs de produits nocifs.

Espérons que la Cop 21 soit utile aux responsables du monde entier pour finalement apprendre à marcher sur les deux jambes, et arrêter de polluer à surcoût alors que la solution se trouve finalement sous nos nez, éloignée seulement par les lobbys.

les poules de la mamie du chéri qui mangent des épluchures, du blé, des coquillages et pondent quand ça leur chante

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez!

Bisous bio, élevés en plein air et nourris au bonheur

Délia ♥

12 commentaires :

  1. Je suis tout à fait d'accord avec tes propos et ton raisonnement mais il y a un truc qui me trouble un peu: ce n'est pas parce que la part du budget nourriture a diminué que l'on dépense moins dans la nourriture, on voit que c'est le contraire en vérité. Les revenus augmentent avec le temps et donc quand nos revenus sont élevés, la part destinée à l'alimentation baisse car on ne va pas manger plus pour la cause ^^ (par contre, on peut dépenser plus en euros et quand même faire baisser cette part du budget).
    Mais bref, sinon tout à fait d'accord avec cette histoire de juste prix, faut arrêter de déconner, les agriculteurs sont tous étranglés avec les normes européennes là...

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    1. Merci pour cette précision, même si du coup on parle de moyennes nationales j'imagine?
      Car j'ai de gros doutes sur l'élévation des revenus de la classe moyenne en comparaison au coût de la vie en général. Si tu as des chiffres je suis preneuse !! :) (car c'est surtout cette partie là qui trinque avec la bouffe, quand je vois les gens qui ont du biff autours de moi, ils se payent sans souci le luxe de bien manger!)
      Le pire c'est que si les choses changeaient, il y a fort à parier que grand nombre d'entre eux seraient ravis de produire différemment. Le système leur bande les yeux mais ils sont tout de même comme toi et moi à la base, et comme toi et moi ça doit pas leur paraître pleinement normal de balancer autant de produits dans de la nourriture.

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  2. Je ne suis pas "obsédée" par le bio, mais je crois vraiment que manger local et raisonné est une bonne alternative, quitte à payer plus cher, en effet, mais c'est quand même plus économique à l'échelle de la planète...

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    1. Je ne suis pas non plus obsessive vis à vis du bio mais je le vois comme une solution à long terme, là où effectivement certains voient son prix comme une entrave à court terme. Tout dépend alors de l'échelle qu'on prend ;)!
      C'est finalement un acte militant de choisir de consommer raisonné et local, et je trouve ça dommage que ce choix ne soit pas facilité d'avantage. Car quand je parle de ma consommation avec d'autres personnes, certaines seraient prêtes à changer de consommation mais les canaux les plus évidents (grandes surfaces notamment) ne sont pas ceux qui le permettent le mieux.
      Mais j'ai bon espoir, j'ai la sensation que l'idée se développe, à nous maintenant en tant que consommateur de favoriser également les bons revendeurs pour éviter de faire du bio/local un autre argument marketing!

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  3. Coucou, tout à fait d'accord avec toi même si je mettrais un petit bémol à la phrase "le prix est le reflet de la qualité", malheureusement le bio est devenu un tel business que non, le prix est parfois juste le reflet de la belle marge que veulent se faire les intermédiaires (grandes surfaces et biocoop comprises) donc l'idéal c’est du bio local sans intermédiaire si on chipote (et surtout si on veut le plus juste prix).
    J'en parlais das un article "Pourquoi le bio est plus cher mais nécessaire" http://ca-se-saurait.fr/2015/05/09/pourquoi-le-bio-est-plus-cher-mais-necessaire/

    Bises !

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    1. Coucou Sabrina!
      Oui effectivement, je pense qu'avec sa popularité on peut parfois perdre de vue l'essence même du bio, mais je pense que quoi qu'il arrive, la qualité (c'est-à-dire une quantité très diminuée de pesticides) reste sensiblement la même. C'est plus le coté "éthique" et respect du producteur qui en prend dans les dents :/.
      Pas évident dans mon coin de trouver un producteur, ils font partie d'amap, et je n'y adhère pas du tout, les quantités sont imposées, et je les soupçonne de pratiquer des prix vraiment déconnectés de la réalité ...
      Dommage que les intermédiaires soient aussi gourmands!!
      Je vois qu'on partage le même avis, un jour, ça finira par changer, on y croit ;) !
      Bisous :)

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  4. Je suis bien d'accord avec tes propos. Le problème ce n'est pas que le bio soit trop cher, c'est que les produits conventionnels ne soient pas vendus à leur juste valeur. Personnellement, un poulet entier à 5 €, des fraises, des tomates et des concombres en hiver, je fuis. Tout est une question de choix, je n'achète pas forcément bio, mais je fais attention à ce que je prends, je mange exclusivement de saison (sauf ce qui est mis en bocaux ou congelé par mes soins, forcément), je prends de la qualité, peu transformé pour le peu que j'achète tout fait et surtout je cuisine beaucoup moi-même. Au moins je sais ce qu'on mange ! Et j'hallucine toujours de voir des écarts d'un ou deux euros le kilo sur un même produit. Le problème aussi, c'est que les gens continuent à acheter ces merdes (y a pas d'autres mots on est d'accord ?) et que du coup, le système continue ainsi... Bref, il y a beaucoup à revoir

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    1. Et oui malheureusement!
      Avant je mangeais bio hors saison et j'ai fini par me dire que c'était l'hopital qui se foutait de la charité alors j'ai commencé à respecter les calendriers de saison Je ne me vois plus revenir en arrière tellement ça me paraît contre nature!
      Cuisiner aide énormément dans une quête de qualité, je me méfie beaucoup des additifs et arômes qu'on colle partout sous prétexte que les goûts harmonisés sont exigeants. Après tout ce sont bien eux qui nous ont modelé par vrai?
      Je pense qu'on est les principaux acteurs en tant que consommateur. Beaucoup affirment qu'on ne fait que subir, qu'on achète ce qu'on nous vend, mais il ne tient qu'à nous, avec otre énorme pouvoir, d'inverser la tendance et "réclamer" des produits plus justes.
      Mais avant que tout le monde soit prêt à payer le juste prix des choses, c'est pas pour demain!!

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  5. Ah en voilà un article intéressant
    Je crois d'ailleurs n'en avoir jamais lu jusqu'à présent alors MERCI
    Moi on me le dit tout le temps cette phrase
    Et parfois j'avoue ça m'agace
    Oui ça a un coût, mais purée penser à soi et sa santé et celles des gens qui vivent avec nous
    C'est tellement important
    Et surtout, plutôt que de dépenser de l'argent inutilement tu pourrais le mettre dans du bio
    Et manger mieux
    Je pense que c'est vraiment en train d'éveiller les esprits cela dit, même s'il y a indéniablement encore beaucoup de boulot
    Mais j'ai souvent peur que le bio/local soit du pur marketing ...
    Ma crainte actuelle c'est qu'on utilise ça pour en faire devenir un business aussi malsain que l'industrie "traditionnelle"
    www.mademoisellevi.com

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    1. Je suis contente que ça t'ai plu, en écrivant ce genre de choses je me demande toujours si je vais faire un flop total, ces sujets sont toujours délicats à traiter!
      On me le répète à longueur de temps, mais je sais que même si je ne le fais pas, je pourrais aussi critiquer les choix d'investissement de ces personnes. J'ai pas d'iphone mais une brique millénaire à 25€, j'achète pas souvent des fringues, je m'achète pas des trucs tous les quatre matins ... Donc est-ce que dans un sens je ferais pas presque des économies par rapport à eux? hinhin bonne question!
      Les esprits s'éveillent, indéniablement, mais je pense comme toi que le marketing s'empare de la chose et la tourne sous un angle qui me plaît moyennement.
      Les grands distributeurs qui te vendent du bio de pays étrangers (quand ça pousse ici), avec des prix défiant toute conccurence, tu sais évidemment que le producteur se fait voler proprement. Et ça va à l'encontre même de l'idée du bio.
      Quant au bio, je n'ai pas peur que ce soit uniquement marketing, le labels sont contraignants et assurent une certaine qualité au consommateur.
      Maintenant à nous de favoriser les bons canaux de distribution pour orienter la production ;) !
      J'apprécie en tout cas de voir que je ne suis pas la seule à considérer le bio comme un investissement santé et environnement, après tout c'est un acte militant du quotidien!

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  6. Effectivement, je suis d'accord. On est vraiment habitués à payer la bouffe pas trop chère, moi la première. Après, je fais attention à la provenance, mais clairement, je sais très bien que y'aura sûrement la masse de pesticides et co. Je vais finir par me mettre à manger seulement (ou peut être pas que, mais en tout cas en grosse majorité) local / bio dès que je vivrais seule, très clairement. Après, oui, ça a un coût, mais comme tu le dis, la santé, elle, c'est pas comme la paire de chaussures, je ne pourrais pas m'en racheter une.

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    1. Et personne n'est à blâmer si ce n'est le système de distribution! Ce sont eux qui imposent les prix d'achat, et bien souvent les producteurs n'ont d'autre choix que de vendre à des prix dérisoires.
      C'est à ce moment là que j'ai aussi commencé à me nourrir (presque exclusivement, le 100% n'est clairement pas un but ultime) en bio.
      Je sais que ce n'est pas parfait compte tenu de l'état des sols, mais c'est "moins pire"!
      Mieux vaut prévenir que guérir comme on dit :)

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